Retraites : "Le gouvernement a créé un mouvement de résistance"

jeudi 4 novembre 2010
par UA

Malgré une longue et forte mobilisation citoyenne et syndicale, l’Elysée n’a pas cédé et la réforme des retraites a été adoptée par le Parlement. De cet échec, plusieurs syndicalistes disent néanmoins sortir renforcés. La CGT, la CFDT, FO, la FSU, l’UNSA, la CFE-CGC, la CFTC et Solidaires ont appelé à une nouvelle journée de manifestation, samedi 6 novembre, comme un ultime baroud d’honneur avant un remaniement ministériel et d’autres batailles.

"Le mouvement social de cet automne a remis au centre du jeu politique et social des syndicats que l’on disait affaiblis. L’unité assurée par l’intersyndicale est la conséquence paradoxale de la réforme de la représentativité syndicale voulue par Sarkozy en 2008", analyse Sébastien Crosier, président CFE-CGC-UNSA à France Télécom. "Le gouvernement voulait alors bipolariser la vie syndicale en organisant l’affrontement entre la CGT et la CFDT. Il a voulu l’affaiblissement de la diversité syndicale mais le climat social et l’épreuve de force imposée par le gouvernement a eu l’effet inverse : tout le monde s’est radicalisé. Cette loi a empêché la non-unité syndicale", estime-t-il.

Un récent sondage publié par France-Soir confirme que le mouvement social a renforcé les syndicats, dont l’action est jugée positivement par 57 % des Français. Et ils ne sont que 31 % à se dire "satisfaits" de Nicolas Sarkozy. "Les Français ont apprécié que l’intersyndicale soit parvenue à maintenir un front commun dans leur intérêt, assure Eric Aubin, membre de la direction confédérale de la CGT. Si j’en crois les adhésions nouvelles, environ 6 000 depuis le mois de septembre au sein de notre seule confédération, le rôle que doivent jouer les syndicats a progressé."

"La division syndicale n’est jamais au bénéfice des salariés, rappelle Marcel Grignard, numéro deux de la CFDT. Le conflit social a conduit les représentants syndicaux à dépasser leurs clivages et à opposer un front commun. "L’intersyndicale a acquis un mode de relation durable", poursuit-il. Même son de cloche chez les cadres : "Les rangs des syndicats se sont ressoudés", confirme Pierre Morville, délégué CFE-CGC-UNSA à France Télécom.

"Les Français sont râleurs mais légalistes. Le gouvernement comptait sur ce point en accélérant l’adoption de son texte. Mais le renoncement n’est pas ce qu’attendent les Français, estime Maxime Dumont, secrétaire général CFDT-Transports. "Derrière la réforme des retraites a été mis au jour un mal de vivre dans une société de moins en moins juste, au sein de laquelle la crise a accéléré les inégalités."

Les syndicats voient dans les fortes mobilisation de cet automne un levier pour les négociations futures. "En ce qui concerne les retraites, même si le texte a été voté, nous pensons que le dossier n’est pas clos, insiste Eric Aubin. Nous porterons le débat de fond que le gouvernement n’a pas voulu puisqu’il a relayé uniquement les propositions du Medef. D’autres sujets doivent être bientôt discutés, comme la dépendance ou la réforme de la Sécurité sociale. Le mouvement social de cet automne consolide le rôle des syndicats dans les négociations à venir." Selon la CGT, de nombreux points restent à négocier : la pénibilité du travail, les salaires ainsi que les conditions de travail.

"Le gouvernement a cru gagner une épreuve de force. Il a créé un mouvement de résistance qui augure mal de l’année à venir alors que le pays subit une dégradation du climat social", prédit Pierre Morville pour la CFE-CGC-UNSA. Mais l’avertissement dépasse ce quinquennat : "Le gouvernement actuel ne bougera pas, reconnaît Maxime Dumont. Mais le message que porte la mobilisation s’adresse également aux responsables politiques qui seront en mesure d’être aux affaires en 2012. Ils ne devront pas oublier leurs engagements et surtout ne pas se cacher derrière le texte voté sous ce gouvernement."

Eric Nunès Le Monde.fr