L’image des syndicats dopée par le conflit sur les retraites

jeudi 2 décembre 2010
par UA

Le conflit sur les retraites n’aura pas été totalement vain pour les syndicats. Selon une étude TNS Sofres pour Dialogues (club d’échanges entre entreprises et syndicats) dévoilée mardi 30 novembre, la séquence leur aura permis, comme certains l’escomptaient avant tout, d’accélérer le redressement de leur image. Entre les deux vagues de l’étude menée auprès d’un panel de 1.000 personnes, début septembre avant le gros du conflit, puis mi-novembre à son issue, le taux de confiance envers les syndicats a ainsi bondi de 45 % à 54 %. Il atteint même son plus haut niveau historique. Ce regain intervient dans toutes les tranches d’âges, dans le privé comme dans le public, auprès des sympathisants de gauche comme de droite.

Les syndicats, loin d’être discrédités par l’absence de résultat du mouvement, se voient accordés une « prime à la pugnacité », analyse l’étude. « Ils sont apparus plus pragmatiques. C’est le maître mot. Les Français leur sont grés d’avoir été dans une opposition responsable et constructive plutôt que dans le rejet frontal » , commentent les auteurs de l’étude. C’est, en creux, une validation a posteriori de la tactique de la CGT et de la CFDT. Et un rejet de la posture plus dure de FO.

Une approche « trop idéologique »
Ce regain est-il durable ? Si une part est liée à l’amerturme des salariés post-réforme, le conflit aura aussi accéléré une dynamique plus structurelle, fruit de la lente refonte de l’action syndicale, fait ressortir l’étude, qui témoigne à la fois du chemin parcouru... et de tout le travail restant à accomplir pour vraiment regagner les faveurs des salariés.

Sur le fond, les Français estiment que les syndicats comprennent mieux « les réalités économiques » et les « vrais besoins » des salariés (56 %, + 6 points en 5 ans) mais les jugent encore « trop politisés » (73 %) et mus par une approche « trop idéologique » (63 %). De même, la capacité des syndicats à étendre leurs actions à de nouveaux publics est remarquée (38 % les jugent « attentifs » au sort des précaires, contre 30 % en 2005), mais ils restent perçus comme se préoccupant surtout des intérêts des salariés du public (70 %) et des grands groupes (62 %).

On n’observe pas non plus, à ce stade, de regain de croyance dans leur efficacité, a fortiori au sein des entreprises. Au contraire, dans une société marquée par une individualisation croissante, les salariés ont tendance à miser sur la discussion directe avec leur hiérarchie (51 %, +6 points) qu’à s’adresser aux syndicats (20 %, -6 points) pour se défendre. La peur des représailles reste un puissant frein à la syndicalisation. Les salariés ne savent d’ailleurs pas forcément à quelle porte frapper tant ils sont perdus face à la « trop forte concurrence » (62 %) que se livrent des syndicats qui pourtant « se ressemblent » (61 %). Un appel à la simplification du paysage que doit engendrer la réforme de la représentativité.

Les Echos – 30/11/10 - DEREK PERROTTE