FSU entretien avec Bernadette Groison

mardi 7 septembre 2010
par UA

UA-Enjeux : Comment as-tu vécu tes premières semaines de secrétaire générale ?
Bernadette Groison : Ces quelques semaines passées à la tête de la FSU confirment ce que je connais bien de la FSU et ce que je perçois depuis longtemps comme les forces et les faiblesses de la FSU. Nous avons décidé lors de notre congrès de Lille d’élargir le secrétariat national pour renforcer la direction. Le défi consiste maintenant à permettre aux camarades qui ont accepté de se rendre plus disponibles pour le travail de la fédération, d’avoir un espace d’action constructif en sachant que ce sont les syndicats nationaux qui fondent l’action de la fédération.
Il s’agit de faire du fédéral au sens où nous l’entendons à la FSU : mettre en oeuvre au quotidien la synthèse qui a été arrêtée. Nous avons appris au fil des années, depuis la création de la FSU, à faire la synthèse entre les syndicats nationaux et entre les courants de pensée, mais il reste encore à travailler, à rendre plus lisible bref à faire vivre cette synthèse dans la FSU et aussi à l’extérieur d’elle. C’est cela qui permettra aussi de renforcer l’action de la FSU.
Je suis convaincue que la force de la FSU est sa diversité et même si au quotidien cela demande du temps, si les débats sont parfois vifs, entre syndicats et courants de pensée mais aussi dans le courant Unité Action, c’est cela qui nous permet d’affiner nos analyses, et j’en suis persuadée qui nous rend plus pertinents dans les décisions que nous prenons. Il faut poursuivre dans cette voie.
Le consensus, la synthèse, ne sont possibles que si l’on a déjà mené le débat jusqu’au bout. C’est un travail qui prend beaucoup de temps, mais qui est fondamental !
Et dans cette diversité, il y a bien sûr le travail à renforcer avec les sections départementales. Nous allons nous y atteler dès la fin de cette année !

UA-Enjeux : Dans un contexte difficile, la FSU est-elle un bon outil pour mobiliser et rassembler ?
Bernadette Groison : La période que nous traversons révèle que notre faiblesse réside dans notre difficulté à être une réelle force de proposition. Je l’ai dit lors du congrès, et même si nous avons déjà ces dernières années fait beaucoup de progrès, il nous faut nous saisir de cela dans Unité Action et dans toute la FSU.
Je ne suis pas certaine que tous les militants partagent aujourd’hui, dans le contexte politique actuel et dans la situation de crise financière et économique que nous traversons, l’idée que notre rôle, que notre priorité doit être de chercher à faire des propositions alternatives.
Beaucoup pensent que notre rôle est déjà d’empêcher des régressions.
Certes, il nous faut faire cela et nous le faisons, mais nous voyons par exemple dans le débat sur les retraites qui est maintenant ouvert, que cela ne suffira pas pour convaincre l’opinion de la justesse de ce que nous portons, mais aussi pour convaincre les personnels de la nécessité de lutter pour une réforme juste.
Je mesure aussi, après avoir rencontré quelques ministres, que ce serait aussi un moyen efficace pour prendre à contre-pied le gouvernement. Car bien qu’ils s’en défendent, les ministres essayent de nous cantonner dans notre rôle d’opposition et dans celui de défenseur d’un statu quo. Et nous devenons plus gênants pour eux lorsque nous nous plaçons sur le terrain du débat et des propositions. Ce n’est pas, quoi qu’ils en disent, le rôle qu’ils veulent faire jouer aux organisations syndicales.
Nous l’avons encore très bien vu dans l’éducation, que ce soit sur la question de la revalorisation des enseignants, comme sur celle de la violence à l’école.
Nous ne gagnerons pas si, tout en étant évidemment force de contestation résolue tant de la méthode utilisée par le gouvernement que du contenu de son projet, nous ne sommes pas porteurs tout aussi résolus d’une alternative.
Nous pourrions prendre un autre exemple, celui de la Fonction publique qui est mise à mal aujourd’hui comme peut être elle ne l’a jamais été jusqu’ici. Je suis frappée de voir combien ce combat repose pour beaucoup sur la FSU.
Si toutes les fédérations de fonctionnaires défendent bien sûr la Fonction publique, nous voyons bien que l’unité syndicale est difficile lorsqu’il s’agit d’aller au-delà des déclarations de principes. Nous allons devoir faire preuve très vite d’imagination pour imposer l’idée que la fonction publique est indispensable aujourd’hui dans notre société et qu’il faut la développer. C’est un débat de société qu’il faut mener et c’est aussi de la responsabilité du mouvement syndical aujourd’hui.
Un des enjeux, qui est frappant dans la période, est donc celui de l’unité. Sur la Fonction publique, comme sur les retraites, nous avons besoin de travail en commun avec d’autres forces syndicales pour élaborer et rendre crédibles des alternatives. Dans la période, l’unité est un élément fondamental pour rassembler. Il peut contribuer à créer le nécessaire rapport de force pour inverser le cours de la politique actuelle. La FSU y joue un rôle important.
Et c’est le sens de notre action aujourd’hui au coeur de l’interpro’ sur les retraites ou encore de celle au coeur du collectif pour les services publics !
La FSU a la capacité de mener tous ces combats. Et elle pèse dans le paysage syndical actuel, j’ai pu le constater à nouveau lors de ces premières semaines de responsabilité.
Je remarque qu’à la fois nos partenaires syndicaux sont attentifs à ce que nous portons, à ce que nous décidons, bref, ils comptent avec la FSU, mais dans le même temps je sens une sorte d’appréhension face à une FSU qui pourrait avoir à tout moment des idées qui dérangent, des exigences trop hautes… C’est une force considérable que nous devons avoir l’intelligence d’utiliser à bon escient pour faire évoluer le syndicalisme afin de le rendre plus efficace !

Entretien réalisée par E.L.