Sortir du Pour ou Contre pour travailler au Comment ?

mardi 25 février 2014
par UA

Sébastien Sihr Article paru dans la revue Enjeux n°220

Depuis, la loi du 23 avril 2005, tous les élèves doivent sortir du collège en maîtrisant le socle commun de connaissances et de compétences, ce qui implique une nouvelle cohérence éducative de la maternelle au collège. Le principe fait débat au sein de la communauté éducative. Certains défendent l’idée du socle, d’autres la pourfendent.

A l’abri de la pensée unique, la FSU n’est pas non plus épargnée par cette controverse comme s’il fallait obligatoirement choisir son camp : être pour ou être contre. Disons-le clairement. S’enfermer dans ce débat mène à une impasse. Non seulement, il brouille le débat idéologique sur l’école que nous voulons, mais de plus, il nous fait passer à côté des vraies réflexions éducatives afin qu’aucun jeune ne sorte du système éducatif sans qualification.
Regardons ceux qui s’opposent à l’idée de socle. Ils le font pour des rasions totalement divergentes n’ayant pas la même ambition pour les élèves.
D’une part, il y a ceux qui considèrent que certains élèves ne sont pas doués pour l’école. "Le socle, c’est trop ambitieux", "16 ans c’est trop vieux" entend-on alors, relayant ainsi une demande d’orientation précoce en pré-apprentissage ou dans des voies de relégation.
Les déclarations de Nicolas Sarkozy lors des voeux à la communauté éducative vient en fer de lance de ce point de vue. Il faut "exclure" en fin de 5ème ces élèves "pas faits pour l’école". Non seulement, ces partisans souhaitent la fin du collège unique, mais, de fait, ils sont clairement opposés au socle qui va jusqu’à 16 ans.
D’autres reprochent au socle son caractère minimaliste voire utilitariste.
C’est le cas de la FSU qui critique un manque d’ambition des contenus du socle limités jusqu’à 16 ans. Ces mêmes mandats y opposent la notion de culture commune dont nous pourrions regretter qu’elle n’ait fait l’objet d’aucune définition plus précise en terme de contenu, ce qui donnerait, par l’exemple, des arguments plus aiguisés à ce beau slogan. A l’inverse, les partisans du socle ne sont pas non plus tous sur les mêmes bases.
Il y a ceux qui défendent l’idée d’une définition d’un plancher devant être atteint par tous les élèves, la définition du plafond ne nous ayant pas permis de gagner la bataille de l’échec scolaire.
Ils y voient un principe de justice scolaire.
Mais, ils pensent qu’il faut faire évoluer son contenu. Par contre, il y en a d’autres qui s’accommoderaient volontiers du socle présent et de certains de ses savoirs et compétences au rabais.
Au SNUIpp-FSU, nous dénonçons le socle tel qu’il est présenté actuellement pour ses manques et ses incohérences manifestes. Le ministère lui-même le rend impopulaire dans la salle des maitres quand le socle s’accompagne d’évaluations, des "cases à cocher" du LPC ou de prescriptions déstabilisant le travail enseignant.
Mais aujourd’hui, il faut aller plus loin. Il serait utile de travailler cette idée de socle comme d’un contenu ambitieux, une culture commune clairement définie que tous les élèves devraient obligatoirement maitriser au sein d’un tronc commun.

Un autre socle est possible.
Ne peut-on réfléchir à un "SMIC culturel" que l’école garantirait à chacun tout comme on se bat pour un "SMIC salarial" pour que chacun vive décemment.
Avouons quand même que ce n’est pas l’idée la plus absurde qui soit. Le sociologue François Dubet disait même que si tous les jeunes avaient le socle, même actuel, avec ses défauts, notre système éducatif serait parmi les meilleurs d’Europe.
En tout cas, il ne serait pas aussi inégalitaire et injuste qu’aujourd’hui, bien au contraire.
A ce titre, les déterminismes sociaux de l’échec scolaire ne datent pas du socle, loin de là. Et le statu-quo n’est pas tenable pour qui veut démocratiser vraiment l’école.
S’assurer que tous les jeunes maitrisent un socle ambitieux, celui d’une culture commune par exemple, serait donc un progrès révolutionnaire pour notre pays.
Même à 16 ans. Ce serait d’ailleurs l’assurance qu’ils seraient alors encore plus nombreux à pouvoir s’engager dans la poursuite d’études avec des orientations choisies et non subies comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui vers la voie professionnelle.

Ce serait donc un sacré argument pour la scolarité obligatoire à 18 ans qui deviendrait une évidence naturelle.
Ce n’est malheureusement pas le cas actuellement. Osons interroger nos collègues sur ce mandat ! Regardons les sondages sur ce sujet. Les réponses font froid dans le dos.
On est loin d’être soutenu sur ce terrain.
Le défi n’est donc pas de réglementer une scolarité à 18 ans, mais plutôt que celle-ci soit possible, et même incontournable pour tous. Il faut donc débattre du contenu d’un socle et ne rien lâcher sur nos ambitions. Mais, cela ne doit pas occulter la question majeure : comment faire pour que tous les élèves maîtrisent un indispensable ambitieux que nul n’est censé ignorer ? Car, dès le CE1, c’est déjà loin d’être le cas. Et nous savons tous que cela concerne le plus souvent les enfants des familles défavorisés. Cela est insupportable.

Mieux vaudrait concentrer notre réflexion et notre attention sur des propositions concrètes pour améliorer la situation des élèves en sérieuses difficultés avec l’école.

Quelle formation professionnelle des enseignants ? Comment améliorer le fonctionnement de l’école et la qualité du travail enseignant ? Comment renforcer la confiance des parents ? Quelles articulations avec les politiques de la petite enfance ? Comment banaliser le travail en équipe ? Quels nouveaux métiers au sein des écoles aux côtés des enseignants et des élèves ? Quelles connaissances et compétences ambitieuses pour aider tous les élèves à penser et agir dans le monde ? … Ces questions sont moins binaires, certes, mais tout autant déterminantes pour qui se bat à rendre notre école plus juste.
Le syndicalisme a intérêt à continuer à mener ces réflexions. Il a intérêt à batailler pour que concrètement des mesures voient le jour dans les écoles. Les enseignants ont de la ressource, de l’enthousiasme, de l’inventivité. Ce sont eux qui font l’école avec passion et engagement.

A nous de souffler sur les braises et de porter cette énergie qui transformera l’école.