Contributions de militants

mercredi 20 novembre 2013
par UA

Rythmes scolaires et réussite de tous, halte aux contre-sens et idées reçues !

Les travaux les plus récents de la recherche universitaire et pédagogique, les évaluations internationales montrent que l’école française creuse les écarts entre les élèves. Elle participe à transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires. Nous sommes convaincus que tous les élèves, quel que soit leur milieu social d’origine sont capables d’apprendre, à certaines conditions et la responsabilité de leur réussite scolaire incombe à l’école. Les débats en cours sur la réforme des rythmes scolaires éludent cet objectif fondamental de démocratisation scolaire. C’est pourtant bien la seule question qui nécessite que soit mise en travail et en actes une réflexion sur les contenus d’apprentissage, les pratiques pédagogiques, la formation professionnelle des enseignant-es, la réduction des effectifs Le ministère affirme que la réforme des rythmes vise prioritairement pour les élèves des milieux populaires. Qu’en est-il six semaines après la rentrée ?
Le Snuipp-FSU Paris a mené une enquête auprès des enseignants. Le constat est massif d’une perte de repères de tous ordres pour les élèves qui rencontrent le plus de difficultés : emploi du temps qui varie selon les jours, changement de statut des personnels, (l’ATSEM, l’enseignant changent de fonction au cours de la journée) ... La confusion règne entre le scolaire, le péri-scolaire et l’extra-scolaire. Or on le sait, le flou du cadre scolaire a de lourdes conséquences, toujours pour les mêmes. Au regard de ce constat largement partagé la section parisienne du SNUipp-FSU a dénoncé la dégradation des conditions de scolarisation et d’apprentissage des élèves depuis la mise en place de la réforme des rythmes, dégradation dont les élèves les plus en difficultés sont les premières victimes, car ce sont eux qui ont le plus besoin de l’école et qui n’ont souvent que l’école pour permettre leur réussite. La situation actuelle des écoles se révèle un obstacle supplémentaire pour ceux qui doivent construire le sens de l’école et des apprentissages Par ailleurs pour lutter contre les inégalités scolaires, le Ministre met en avant les activités culturelles mises en place pendant le temps périscolaire devant apporter aux élèves issus des classes populaires un « plus » dont ils ne bénéficieraient pas actuellement. Si le contexte extra-scolaire a des incidences sur le devenir élève c’est la mission spécifique de l’école que de le mettre en œuvre, par du plus sans doute mais surtout par du mieux et par du autrement. Les activités péri-scolaires ne se substituent pas à cette mission première de l’école. Par ailleurs, pour jouer vraiment leur rôle un véritable projet culturel s’impose, et pas seulement dans les intentions. Le contenu de ces activités, leur encadrement relèvent d’un projet d’éducation populaire. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Le SNUipp-FSU porte un projet ambitieux de transformation de l’école pour permettre la réussite de tous les élèves. Le combat que nous menons actuellement n’a pas pour but de maintenir un statu quo pas plus sur les rythmes scolaires que sur les contenus d’apprentissage, la formation des enseignant-es … Au contraire, le SNUipp-FSU a pour but et pour vocation de participer à impulser une réelle transformation de l’école et de la société. Il est de notre responsabilité de mener cette lutte de manière offensive, pour permettre à l’ensemble de la communauté scolaire doit de s’en saisir. C’est pourquoi nous pensons que notre syndicat doit revendiquer l’organisation d’Etats généraux de l’école. Il y a urgence à porter le débat sur le fond des problématiques soulevées pour donner des perspectives à la profession : une autre école est possible, nous devons en débattre avec les personnels et la construire avec eux.

Jérôme Lambert et Christine Passerieux


Rythmes scolaires : quel contenu d’un décret réécrit ?

Nous le savions, la question des rythmes scolaires met en difficulté notre syndicat. En même temps, elle constitue un défi que nous nous devons de relever aussi bien dans l’intérêt des élèves que des enseignant-es et de notre projet syndical de déconnexion du temps élève et enseignant. Le but de notre contribution n’est pas de revenir sur l’ensemble des questions que soulèvent la problématique des rythmes scolaires, mais de répondre à une question : que souhaitons-nous voir écrit dans un nouveau décret ?
Nos textes de congrès et les échanges en CN nous permettent de répondre à cette question. 1 - La possibilité de déroger au carcan des 9 demi-journées et/ou aux 24h hebdomadaires doit être donnée par le texte. Cette souplesse est une revendication unifiante pour l’ensemble des départements. Elle ne ferait que reproduire un cadre général modifiable sur dérogation, comme c’était le cas avant la suppression du samedi matin dans les départements et communes qui faisaient le choix de travailler sur 4 jours ou choisir une organisation de la semaine avec un nombre inférieur de 9 demi-journées comme le propose notamment Claire Leconte. Par ailleurs sans cet assouplissement, le temps de concertation au centre de notre projet pour l’école devient aléatoire : dans la plupart des scénarios il entre de fait en concurrence avec la participation au péri scolaire de certains enseignants en quête d’un complément de salaire. Il s’agit à la fois de défendre les conditions de travail des enseignants et un projet viable pour l’école.

2 - L’avis du conseil d’école sur l’organisation de la semaine doit être prioritaire sur celui des mairies. Notre CN de mai dernier actait la position suivante, qu’il nous faut faire entendre : « Quand l’organisation proposée par les collectivités ne recueille pas l’avis favorable du conseil d’école, une nouvelle concertation doit permettre de trouver un point d’équilibre entre avis des conseils d’école et harmonisation sur la commune. Cela ne peut se résumer en une application unilatérale des décisions des communes ».

3 - La question de l’égalité sur tout le territoire mérite d’être définie : l’État doit garantir la gratuité et la qualité des activités prévues par les PEDT, ce temps devenant désormais quasi obligatoire selon l’organisation retenue. Par ailleurs, le PEDT ne doit pas avoir pour conséquence la confusion entre le scolaire et le péri-scolaire.

4 - Du point de vue des salariés que nous représentons, des garanties doivent être données. L’utilisation des salles de classe pour les activités périscolaires est une question sensible. Elle doit être traitée de façon globale avec une priorité donnée à l’enseignant pour l’utilisation de son lieu de travail. Par ailleurs, le déplacement sur son lieu de travail un jour supplémentaire doit être pris en compte d’un point de vue financier selon des modalités qu’il convient d’affiner. Nous sommes convaincus qu’il est possible d’obtenir une réécriture du décret et d’emmener les collègues dans l’action. Cela dit, nous ne l’obtiendrons pas sans la construction d’un rapport de force avec le Ministère. La pétition est une première étape, à nous de débattre lors du prochain conseil national des suites à donner à celle-ci en fonction de l’état d’esprit de la profession.

Martine Caron (93), Jérôme Lambert (75), Manu Trigo (83)


Et si la réforme des rythmes scolaire était l’occasion de faire vivre les revendications historiques du SNUipp-FSU ?

Depuis l’ouverture du chantier sur les rythmes scolaires, les enseigant-e-s semblent pris entre le marteau et l’enclume : entre les conditions d’apprentissage des élèves (qui exigent d’abaisser significativement le temps d’exposition quotidien aux apprentissages et donc de travailler "moins dans la journée, plus dans la durée") et leurs conditions de travail (ils font 43 heures par semaine en comptant le "temps invisible" d’où l’exigence de temps dégagé pour concevoir les apprentissages, travailler en équipe et la revendication historique reformulée lors du dernier congrès d’"une baisse de temps d’enseignement à 23h + 3h avec l’objectif d’aller vers 21h+3h").
Comme si la satisfaction d’une exigence devait se faire à l’encontre de l’autre...
De meilleures conditions de scolarisation des élèves CONTRE les conditions de travail des enseignant-e-s ou l’inverse ! Comme si l’on ne pouvait exiger l’une ET l’autre ! Pour cela, il faut assumer de dépasser une conception historique du métier d’enseigant-e-s du premier degré et accepter de déconnecter "temps de classe élève" et "temps de classe enseignant-e". Revendiquer que l’on lisse dans la semaine le temps d’exposition aux apprentissages des élèves... conjointement à une baisse du temps d’enseignement des enseignant-e-s à 21H devant élèves. Comme dans le second degré, accepter que les élèves soient davantage en classe que les enseignant-e-s...
La clé ?
Une autre revendication historique du SNUipp-FSU : le (vrai) "plus de maîtres que de classe", dans une acception plus large que le seul "travail en équipe" !
Bref, une organisation pédagogique qui permette de satisfaire deux exigences pour une école de qualité au service de la réussite de tous les élèves : des apprentissages judicieusement placés en fonction des rythmes chronobiologiques de nos élèves et dispensés par des enseignant-e-s reconnu-e-s dont le temps de travail permet de concevoir des outils efficaces et de travailler en équipe. Le tout dans une dynamique d’équipe qui porte des organisations pédagogiques ambitieuses.
Bien entendu, ces arguments n’impactent pas les contenus/programmes, et ne résolvent pas les problèmes d’inégalités territoriales ou de qualité des activités péri éducatives : sujets sur lesquels nous devons continuer à être attentif-ve-s et combatif-ve-s !

UA14

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Réforme des rythmes scolaires

En refusant de mettre en place une négociation entre l’Etat, les collectivités locales et les représentants du personnel, le ministre a pris le risque d’une mise en place chaotique de sa réforme des rythmes scolaires et d’une cristallisation des inquiétudes et des mécontentements. Le volontarisme affiché et relayé par les IA n’y changera rien.
Le SNUipp a légitimement demandé que les conseils d’écoles soient consultés et fassent des propositions. Force est de constater que les contraintes organisationnelles pèsent tellement que -in fine- c’est très souvent la collectivité locale qui décide. Cette situation est inédite pour les collègues. L’école publique, depuis sa création à la fin du XIXème siècle , s’est construite sur une émancipation des pouvoirs locaux, clergé et mairies. Le caractère national du service public d’éducation a obligé les communes à s’organiser en fonction du calendrier scolaire (péri scolaire calé sur l’école prééminente).
Les gouvernances actuelles préconisent la relocalisation des décisions et des organisations. Dans notre secteur, nous constatons un kaléidoscope d’emplois du temps des écoles. Si la question des rythmes polarise la vie des écoles, il y a tout lieu de penser que cela perdurera tant les problèmes organisationnels sont prégnants, pour les enseignants des classe comme les personnels itinérants, RASED, remplaçants et administration, au détriment d’autres enjeux spécifiques à l’école (apprentissages, lutte contre les inégalités et l’échec scolaire...).
Quand le besoin d’unification se fera sentir, sur quelles bases pensons-nous que la recomposition se fera ? Pilotage national ou « local regroupé » ?
Le SNUipp a eu raison de dénoncer l’aggravation des inégalités entre les écoles et, au final, entre les enfants. Sans création d’un service public du péri scolaire, il est impossible de garantir l’équité, la gratuité. La question d’un cadrage départemental ou national visant une homogénéisation des organisations scolaires doit être traitée avec les remontées des 1ers bilans. Entre jacobinisme forcené et autonomie débridée, quelle voie construire avec les collègues ?
Françoise Dalia UA64