Il est encore temps pour le gouvernement d’entendre le rejet de son projet

Le Monde du 22/09/2010
mercredi 22 septembre 2010
par UA

Le gouvernement a choisi un calendrier serré pour la réforme des retraites pour éviter les mobilisations et esquiver les questions de fond en assénant de fausses évidences : rien n’y fait. Il a créé toutes les conditions d’un conflit social majeur.

Face à la déferlante de contre-vérités et de fausses négociations, les organisations syndicales ont su, ensemble, imposer tous les termes du débat, convaincre l’opinion qu’il est possible de faire autrement et rassembler des millions de salariés. Elles ont su dépasser des différences d’appréciation pour faire front.

Le 7 septembre a marqué un virage crucial dans le paysage social. Et même si le gouvernement refuse pour l’instant de prendre en compte cette nouvelle donne sociale, il a déjà perdu la bataille d’idées sur cette question de société fondamentale. Les Français rejettent massivement son projet, y compris les jeunes que cette réforme prétend défendre. Et un passage en force ne changera pas, ni aujourd’hui ni demain, ce désaccord de fond et ce profond sentiment d’injustice sociale.

Vouloir imposer un recul de l’âge de la retraite est un non-sens au regard de l’histoire sociale et de l’évolution des modes de production. Les progrès en matière de formation, d’éducation, de santé, de technologie... permettent de produire plus, et globalement mieux, en travaillant moins.

Alors l’augmentation de l’espérance de vie ne doit pas être volée aux salariés au bénéfice des marchés financiers. Car le gouvernement doit cesser de mentir. Les déficits actuels des régimes de retraite ne sont pas tant dus à la situation démographique qu’à la crise économique et aux choix faits, notamment en termes de partage des richesses.

Chacun comprend que la mesure phare de la réforme (62-67 ans) vise à réduire le montant des retraites en incitant les salariés à se tourner vers des assurances privées, et à produire à court terme d’importantes économies. Mais rien ne garantit l’avenir du système de retraites par répartition. Ce report des bornes d’âges priverait aussi les jeunes d’emplois et amplifierait l’impact dévastateur de la décote sur les carrières courtes pour ceux entrés tardivement sur le marché du travail. Plus de quarante-deux ans de cotisation, c’est l’assurance de travailler plus pour gagner moins !

Cible d’attaques sans précédent (suppressions massives d’emplois, dégradations des conditions de travail, gel des salaires...), les agents de la fonction publique se mobilisent contre cette "réforme". Depuis celle de 2003, leurs pensions baissent et les inégalités entre les hommes et les femmes se creusent. Le projet actuel ne contient que des régressions pour eux : fin du dispositif de départ anticipé pour les mères de trois enfants, suppression de la cessation progressive d’activité (CPA), alignement du taux de cotisation, restriction du minimum garanti...

Les hauts revenus et les capitaux payeront 4,6 milliards, les fonctionnaires 4,9 milliards au titre de la "convergence des règles" ! C’est pourquoi, alors que se prépare un budget de rigueur, la Fédération syndicale unitaire (FSU) se bat pour de meilleurs services publics partout et pour tous. C’est le sens de sa campagne "Le service public, on l’aime, on le défend !"

Il est temps encore pour le gouvernement d’entendre le rejet de son projet et de le retirer non pas pour en rester au statu quo mais pour débattre et répondre aux vraies questions : Quels objectifs la société retient-elle pour les retraites ? Quelle assurance du maintien du niveau de vie des retraités ? Quels financements ? Quelles solidarités ?

Le 23 septembre doit être massif. Et nous devrons poursuivre rapidement en amplifiant ce mouvement unitaire et interprofessionnel. Partout, la FSU appelle les personnels à débattre de toutes les modalités d’action possibles : multiplication d’initiatives locales, poursuite de la grève, formes de reconduction, manifestation nationale, etc. Car il n’est pas écrit que la fin de la retraite à 60 ans a sonné, ni que ce projet de réforme ira à son terme. Le XXIe siècle doit résolument ouvrir la voie à des droits nouveaux pour plus d’égalité et de justice sociale.

Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU)